La France a enfin lancé des efforts pour dissoudre un groupe haineux violent. Les experts disent qu’il est trop tard.

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PARIS – Au printemps 2018, une centaine de militants – soutenus par deux hélicoptères, un petit avion, des quad et des camions – ont déployé une grande banderole le long de la frontière alpine de la France avec l’Italie qui disait: «Pas question! De retour dans votre patrie!

Generation Identity, un mouvement activiste anti-immigrés connu pour ses cascades publicitaires, était derrière les actions. Vêtu de vestes bleues assorties pour ressembler à des policiers, le groupe tentait d’attirer l’attention sur le point de passage montagneux des réfugiés – une frontière ouverte dans le cadre de l’accord de Schengen de l’UE – et son prétendu manque de présence policière. La cascade a ensuite été saluée par Marine Le Pen, présidente du parti d’extrême droite Rassemblement national (RN), comme une «grande opération de communication».

Près de trois ans plus tard, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé des efforts pour fermer le soi-disant «groupuscule», déclarant qu’il enfreignait une loi interdisant «l’incitation à discriminer une personne ou un groupe en raison de son origine». Generation Identity a eu 10 jours pour répondre à une lettre de sept pages détaillant les raisons de la décision. Un porte-parole du ministère de l’Intérieur a déclaré jeudi au Daily Beast qu’une réponse avait été reçue et que le gouvernement prendrait une décision dans les «prochains jours» avec une dissolution «très probable».

Estimé à entre 800 et 1 000 membres, le groupe est connu pour son image soigneusement aiguisée de l’innocence juvénile. Mais selon Jean-Yves Camus, expert de l’extrême droite française au think tank de la Fondation Jean-Jaurès à Paris, il s’agit d’une opération «majeure» avec des succursales à Paris, Nice, Lyon, Rouen, Aix-en-Provence, et Montpellier. Axé sur la promotion de la théorie du complot ridicule du «grand remplacement», il affirme qu’une «élite mondialisée» envisage de remplacer les populations européennes blanches par des immigrants musulmans.

Alors que la plupart conviennent que la dissolution de Generation Identity doit être saluée, de nombreux experts de l’extrême droite se demandent pourquoi le gouvernement n’a décidé que maintenant de fermer une association ouvertement xénophobe qui existe depuis près d’une décennie. «Bien sûr, c’est politique», dit Camus au Daily Beast. «Le gouvernement le fait maintenant parce qu’il veut être perçu comme agissant équitablement alors qu’il sévit contre les islamistes extrémistes [with an anti-separatism law]. C’est aussi en vue des élections présidentielles de l’année prochaine.

D’autres voient des manœuvres politiques plus compliquées en cours. Aurélien Mondon, professeur agrégé à l’Université de Bath et expert sur l’intégration du discours populiste d’extrême droite et de droite, pointe un débat télévisé le 11 février au cours duquel Darmanin a incité Le Pen à être trop «mou» envers les radicaux Islam. «D’une certaine manière, la dissolution ressemble un peu à un leurre», dit Mondon. «Cela se passe juste après le débat. Ça envoie des signaux confus et ça joue entre les mains de Le Pen. Au lieu de s’attaquer au manque de confiance dans la politique et à la désillusion à l’égard de la politique, le gouvernement a soutenu l’extrême droite.

Indépendamment des motifs politiques derrière l’interdiction, le consensus est que le discours d’extrême droite de la France a, jusqu’à présent, été autorisé à prospérer. Generation Identity – à l’origine la branche jeunesse de Bloc Identity, un groupe nationaliste français d’extrême droite fondé en 2003 – s’est lancé il y a neuf ans avec l’occupation d’une mosquée, où des militants scandaient des slogans islamophobes. Au fil des années, il a continué à déployer des tactiques de choc, notamment le blocage des routes menant au camp de réfugiés «Calais Jungle» en 2016, et l’attaque des bureaux de SOS Méditerranée, une ONG qui aide les réfugiés en détresse en mer, en 2018.

«C’est le visage présentable du racisme libéral.»

– Aurélien Mondon, expert d’extrême droite.

Contrairement à de nombreux groupes d’extrême droite parallèles qui épousent le nationalisme, Generation Identity promeut l’identité et la culture ethniques paneuropéennes, ce qui, selon les experts, a alimenté la popularité du mouvement à travers l’Europe, y compris en Allemagne et en Autriche. Les craintes que l’idéologie raciste du groupe ne devienne de plus en plus répandue – d’autant plus que les crimes de haine motivés par la race continuent d’augmenter pendant la pandémie – ont incité plusieurs ONG françaises à appeler à agir contre Generation Identity.

«Je pense que la reconnaissance du problème par le gouvernement est une bonne chose», déclare Nicolas Nef Naf, avocat de l’association française SOS Racisme. «Mais cela aurait pu agir plus rapidement. Nous écrivons aux ministres depuis des années pour exiger des mesures.

Samedi, des centaines de militants de la Génération Identité se sont rassemblés dans le centre de Paris pour protester contre la dissolution, profitant de l’occasion pour se présenter comme une minorité opprimée en brandissant des banderoles de personnalités telles que la martyre française Jeanne d’Arc. «Vous êtes la génération censurée, calomniée, bâillonnée», a proclamé sans ironie Jean-David Cattin, figure de proue du mouvement. Florian Philippot, président du parti d’extrême droite des Patriotes, a également apporté son soutien à la foule en leur disant que la dissolution «n’a aucune base légale» et que «la seule dissolution que nous souhaitons aujourd’hui est celle de l’Assemblée nationale» ou de «Toutes ces mosquées radicales.»

Le groupe a ensuite publié une vidéo d’une minute exhortant «tous les jeunes Français et Européens» à rejoindre Génération Identité et remerciant «tous ceux qui ont agi» en participant à la manifestation.

Mis à part le théâtre, il est à craindre que les efforts juridiques proposés n’arrêtent probablement pas les militants, qui pourraient s’intégrer dans plusieurs groupes différents sous de nouveaux noms. Stéphane Nivet de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), basée à Paris, affirme que Generation Identity a elle-même été créée par d’anciens membres de Radical Unity, une association qui a été fermée après que l’un de ses militants a tenté d’assassiner le président Jacques Chirac sur les Champs -Elysées en 2002.

«L’identité de génération n’est pas apparue spontanément», dit-il. «Il est né de Radical Unity. Il est possible que si le gouvernement le ferme par des procédures légales, le mouvement se relancera sous une forme différente.

La logistique juridique de la dissolution pourrait également s’avérer difficile, selon Nef Naf, qui exprime des préoccupations similaires quant à l’impact à long terme de la dissolution envisagée. «Je pense que le gouvernement est armé de nombreuses preuves de comportement xénophobe et raciste», ajoute-t-il. «Mais un appel est possible. Et nous devons veiller à ce qu’ils ne soient pas réformés pour ne pas créer de petites associations. Nous devons éviter une réapparition de celui-ci.

Pour Mondon, alors que Generation Identity elle-même reste un groupe marginal ayant des liens avec certains des néo-fascistes les plus radicaux du pays, son impact sur le discours dominant à travers les partis politiques établis est déjà évident. Le porte-parole du Rassemblement national, Sébastien Chenu, a protesté contre l’emprisonnement des militants de Génération Identité en 2019. Puis Darmanin lui-même a repris les propos de Le Pen en juillet dernier en parlant de «sauvagerie» de la société.

Malgré les efforts juridiques actuels du gouvernement, le discours dangereux véhiculé par Generation Identity semble peu susceptible de disparaître de la politique française de si tôt. «C’est bien beau de les battre aux élections, mais cette approche signifie que vous apportez leurs idées dans le courant dominant», dit Mondon. «Idéologiquement, il y a des parties du gouvernement français qui ont utilisé leurs arguments. C’est le visage présentable du racisme libéral. »

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